Ravensburg, Allemagne 15 août 2025
Le Musée d’art de Ravensburg a accueilli une performance-conférence marquante du duo Mukenge/Schellhammer, intitulée « Stretching the Notion of Painting », dans le cadre de leur série éponyme. Cette intervention s’est tenue en résonance avec les expositions en cours « Under Pressure – Expressionist Prints » et « John Akomfrah – The Unfinished Conversation », confirmant la pertinence de leur démarche artistique dans le débat sur l’héritage colonial dans l’histoire de l’art.
Formé officiellement en 2024, le duo congolais-allemand développe une esthétique transnationale nourrie de recherches sur leurs ancêtres, les rites d’initiation et les conflits culturels engendrés par la colonisation. À travers une approche critique, Mukenge/Schellhammer questionnent la rencontre souvent brutale entre les avant-gardes européennes (notamment les expressionnistes allemands) et les arts des colonies.
Leur performance évoque les “emprunts” réalisés par des figures comme Nolde, Kirchner ou Gauguin, confrontées à l’art d’Afrique et du Pacifique dans les musées ethnographiques, les zoos humains ou les expositions coloniales. Le duo interroge la frontière floue entre admiration et appropriation, en soulignant le rôle des artistes colonisés relégués au rang d’anonymes ou d’objets d’étude.
Un parallèle est tracé avec l’histoire d’Albert et Antoinette Lubaki, pionniers de la peinture moderne congolaise, dont les œuvres furent exportées vers l’Europe grâce à l’intervention de l’administrateur colonial Georges Thiry. En rejouant ces tensions historiques, Mukenge/Schellhammer revisitent les fondements mêmes de leur langage pictural.
Avec subtilité et puissance, leur œuvre redonne voix aux oubliés, déplace les centres, et installe une mémoire décoloniale dans l’espace muséal européen.
Darwin Mumete



