mardi 1 juillet 2025

30 juin , mémoire sélective et appropriation de l’histoire de la RDC

 Réflexion – 30 juin : Quand l’Histoire devient un champ de tri sélectif




Le 30 juin, jour de mémoire, d’émotion, d’identité. Une date-symbole qui rappelle au peuple congolais sa souveraineté arrachée, son combat pour l’émancipation et sa dignité retrouvée. Mais cette année, une note dissonante est venue troubler la solennité : une affiche diffusée par la télévision nationale représentant les présidents successifs de la RDC, à l’exception notable de Joseph Kabila.


Erreur technique ou amnésie organisée ? Simple oubli d’un graphiste ou stratégie politique sourde mais éloquente ? L’opinion publique ne s’y trompe pas. Cette omission, qu’on ne peut qualifier d’innocente, soulève une question de fond : que fait-on de notre Histoire ? Peut-on se permettre d’effacer des figures centrales au gré des intérêts du pouvoir du moment ?


Joseph Kabila a dirigé le pays pendant 18 ans. Son empreinte sur le destin du Congo, qu’on la juge positive ou critiquable, est indélébile. L’ignorer, c’est falsifier. C’est croire que l’Histoire est un espace privatisable, un patrimoine qu’on recompose selon les humeurs et les rivalités du jour. Ceux qui ont orchestré ou validé cette omission ont manifestement plus le sens de leur propre survie politique que celui du devoir de mémoire.

Ce n’est pas seulement Joseph Kabila qu’on efface. C’est l’intelligence collective qu’on méprise. C’est le peuple congolais qu’on prend pour amnésique.


Le Congo ne peut pas être gouverné comme une propriété privée. Ceux qui rêvent d’un pouvoir sans fin, d’un trône héréditaire ou d’un récit unique seront les insomniaques de demain. Le pays est malade, oui, rongé par une forme de cancer systémique : corruption, tribalisme, insécurité, désinformation. Et pendant que certains dirigeants désignent les autres comme responsables de tous les maux, ils injectent eux-mêmes les métastases dans des cellules déjà gangrenées.


Dans l’Est du pays, pendant qu’on fait des mises en scène mémorielles à Kinshasa, les familles fuient, les enfants pleurent, et la paix reste en suspens. Mais peut-être que le récent accord entre la RDC et le Rwanda, sous la médiation des États-Unis, offrira enfin le bain tiède que certains boutefeux méritent : une paix froide, mais nécessaire.


Et que dire des opposants qui croient que la guérison de la RDC ne peut venir que par eux ? Qu’ils se méfient de leur propre égo : on ne guérit pas une nation avec des slogans, mais avec de la vérité, du respect de l’Histoire, et une lucidité collective.

Quant aux dirigeants héritiers de familles politiques, qu’ils se rappellent : on ne se nourrit pas que du passé de ses pères. L’Histoire ne s’hérite pas, elle se mérite.


En ce 30 juin, le Congo n’a pas besoin de propagande graphique. Il a besoin de mémoire, de justice, et d’une Histoire assumée dans toute sa complexité. Le Congo est à tous, et personne n’a le droit d’en réduire le récit.

Darwin Mumete 

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