Dans une époque où l’image vaut de l’or, la République Démocratique du Congo mise 45 millions de dollars pour faire rayonner sa visibilité internationale à travers le sponsoring maillot de trois grands clubs européens – l’AS Monaco, l’AC Milan et le FC Barcelone. Mais entre mauvaise stratégie, absence de leadership présidentiel et choix discutables, l’opération sent déjà le coup d’épée dans l’eau.
La RDC a décidé de faire parler d’elle. Avec un slogan ambitieux – “RDC, au cœur de l’Afrique” – elle entre dans le grand jeu du sport washing, cette stratégie de marketing qui mêle diplomatie douce, image de marque et passion du sport. Un pari osé, certes. Mais encore faut-il jouer les bonnes cartes.
À première vue, l’idée séduit : s’associer à des géants du football mondial pour rayonner, séduire, exister. Pourtant, à y regarder de plus près, le projet s’essouffle avant même d’avoir franchi le rond central. Pas de logo en devanture de maillot, pas de visibilité sur les stars, mais un discret patch sur l’épaule de l’équipe réserve de l’AS Monaco. Voilà donc où s’affiche l’orgueil d’un pays qui a misé 45 millions de dollars.
Ce flou artistique révèle une faiblesse criante dans les relations publiques du pays. Là où un président stratège aurait dû piloter cette initiative comme un projet de souveraineté culturelle, c’est le ministère des Sports qui se retrouve en vitrine, englué dans un conflit feutré avec le ministère du Tourisme. Aucune vision cohérente. Aucune campagne de communication percutante. Aucune star mondiale du football associée à la campagne. Pire encore, aucune synergie avec les objectifs touristiques et culturels du pays.
Des voix s’élèvent. Des analystes sportifs, des experts en image, des amoureux du pays. Tous s’interrogent : pourquoi ne pas avoir commencé par sponsoriser la LINAFOOT, un championnat national en panne d’identité ? Pourquoi ne pas investir dans les Léopards, ambassadeurs naturels du pays ? Pourquoi ne pas bâtir un projet sportif à long terme, avec des académies, des centres de formation, et une ligue professionnelle digne de ce nom ?
La visibilité ne se décrète pas, elle se construit. Le Japon ne s’est pas fait une place dans l’imaginaire collectif en achetant des patchs sur des maillots européens, mais en diffusant son championnat, en exportant ses talents, en organisant des événements d’envergure.
La RDC pourrait mieux faire. Beaucoup mieux. Pourquoi ne pas organiser chaque année à Kinshasa un Sommet Mondial de la Jeunesse, faire du Mont Ruwenzori – où il neige toute l’année – une station de ski africaine, créer un “Tour du Congo” cycliste, redonner vie à l’embouchure du fleuve Congocomme destination historique, ou encore bâtir un hub touristique numérique, avec des visites en réalité virtuelle de la Chute de Kakobola ou de la réserve de Maï-Ndombe ?
Il ne suffit pas de s’acheter une visibilité, encore faut-il savoir quoi en faire.
Aujourd’hui, la RDC parle. Mais le monde ne l’écoute pas encore. Pas comme ça.
Darwin Mumete

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